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Synergie n°53 - automne 2018

publié le 31 janvier 2019 (modifié le 23 avril 2020)
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Sommaire

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Dérives

Dix-huit mois de macronisme ont au moins cet intérêt de nous démontrer le panel de manipulations qui nous promet un avenir incertain.
A quelques exceptions près, plus marginales qu’on ne le pense au sein du service public de l’État, nous voilà donc tous technocrates. Soyons néanmoins lucides, il ne faut pas hésiter à assumer d’être un petit technocrate, le risque n’est jamais que de faire de petites conneries. Propos en creux renvoyant aux certitudes du Président de la République et aux impasses dans lesquelles il nous entraîne tous.

Le propre d’un pouvoir exécutif est de se référer à sa vision de l’intérêt général pour imposer ses décisions. C’était probablement vrai dans les premières tribus d’Homo sapiens, mais la période moderne démontre surtout que la vraie règle est le dévoiement de cet intérêt général, ça nous vient donc de bien loin et en tout cas de bien avant mai 68. J’affiche ce que chacun veut entendre et des décisions diamétralement contraires sont immédiatement imposées, service après-vente à charge du duo Gouvernement et Assemblée nationale.

Le plus de la période est de nous détailler l’utilisation des institutions politiques d’une part, et la gestion de l’État d’autre part, conjugaison d’un dévoiement de la démocratie et du verrouillage du pays par le simple assèchement des moyens consentis. D’où l’ambiance actuelle entre les territoires et l’État.

Que constater sur la démocratie ? Le XXème siècle avait eu à connaître des gouvernements aussi sympathiques que les monarchies constitutionnelles et les démocraties populaires. Le XXIème nous invente les démocratures (profil Russie) et Macron impose la monarchie populaire, soit une quasi dictature de par l’unilatéralité de ses décisions appuyées sans barguigner par une Assemblée nationale aux ordres, quand bien même certains députés de sa majorité ont quelques soubresauts.

Encyclopædia Universalis nous rappelle que la dictature est un régime politique autoritaire, établi et maintenu par la violence, à caractère exceptionnel et illégitime. Autoritaire, – la violence économique et sociale – on l’a ; le caractère exceptionnel, – le coup de poker politique tout à fait réussi – on l’a aussi. Reste seulement l’illégitime et donc en creux le légitime.
Sur ce dernier point, le débat est susceptible de pouvoir durer longtemps, c’est l’appréciation que chacun peut avoir sur les réformes annoncées dans un programme électoral et la façon dont elles sont engagées, mais aussi les réformes non-annoncées conduites à terme sans que ça émeuve grand monde et dont les conséquences sont importantes.
Pour mener les projets à bien, il suffit ensuite d’infléchir substantiellement la gestion de l’État.

La partie immergée, dont notre ami Google délivre sans réserve les fondamentaux théoriques, peut être désignée sous le vocable de « Nouveau Management Public » et a été largement déclinée dans les années 80 et 90 par les pays anglo-saxons. Là où ça coince en France, c’est que contrairement à l’Etat de droit et donc aux textes (et notamment le statut de la Fonction publique), ces théories ont été mises en œuvre subrepticement dès le début des années 2000.

Si cet ultralibéralisme dans la gestion de la haute fonction publique n’a provoqué que quelques échos à l’époque, il n’en reste pas moins qu’il est apparemment devenu le fondement de l’enseignement de nos écoles de grands technocrates et accessoirement des écoles de journalisme, de management, etc.
Selon Macron et ses certitudes, les corps intermédiaires (dont les associations en général et le syndicalisme en particulier) n’ont pas de place dans le schéma, tout au plus quand ça coince doit-il prendre le soin de leur notifier préalablement ses futures décisions.
Sur le fond et quelle que soit la maîtrise de sa communication, il avait bien affiché que les marges de manœuvre (notamment financières), à dégager pour pouvoir mener à bien ses réformes, consisteraient à réduire les normes sociales et environnementales. Simples mensonges par omission, le calendrier (je pique le pognon tout de suite) non plus que les transferts (je pique surtout aux retraités et on ne rend pas tout après et pas aux mêmes) n’étaient précisés.
La loi de finances 2018 a matérialisé l’engagement du processus, la loi de finances 2019 le poursuit.

Pour nos missions et nos outils de travail, réduction des effectifs et des moyens de fonctionnement créent des situations inacceptables dans nombre d’endroits. Les agents sont maintenant placés dans des conditions de travail qui ne leur permettent plus d’assurer correctement leurs missions.
Nicolas Hulot n’avait certainement pas la perception de ce contexte et de cette mécanique lorsqu’il a accepté de devenir ministre. Mais il a fini par en tirer les conséquences, vraisemblablement lorsque sa théorie des petits pas s’est révélée de son propre point de vue, renoncements compris, incompatible avec le minimum à engager par l’État sur les objectifs de transition écologique et énergétique.
Son discours de démission a dit les choses. Son remplacement par des pseudo-personnalités ”Macron pur sucre”, incluant notamment une ancienne lobbyiste de l’agroalimentaire, n’est pas de bon augure.

S’ensuivent des séquences pas vraiment médiatisées et loin de l’attention du public, qui vont achever, Action publique 2022 aidant, de resserrer sur lui-même le peu d’engagement de l’Etat sur les transitions écologique et énergétique.
Il faut compter à ce titre la fusion (enfin) de l’ONCFS et de l’AFB, mais aussi l’extrêmement discrète séquence des assises de l’Eau relatives au grand cycle. Peu d’écologie dans les deux cas, mais bien des intérêts économiques très présents, que ce soit à travers la notion de « gestion adaptative des espèces » ou des moyens à consacrer à une gestion plus naturelle des cours d’eau.

Question moyens, pas d’illusions, ce sont essentiellement ceux pris sur votre facture d’eau domestique pour que, en 2022, moins de 7 000 agents aient encore quelques moyens pour accompagner la transition écologique.
Bien que quasi-systématiquement marginalisés et ignorés, les personnels sont les premiers acteurs de la suite de l’histoire, il leur appartient de réagir, et de réagir collectivement pour ne pas subir.

JJ Maynard