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Synergie n 40 (septembre 2013)

publié le 25 octobre 2013 (modifié le 22 novembre 2016)

Synergie n 40 (format pdf - 3.9 Mo - 30/03/2015)

Édito de septembre 2013 : A la croisée des chemins...
Choisir un tel titre, c’est déjà mettre en avant les interrogations, sinon les incertitudes et même les profonds doutes sur la validité des chemins que nous arpentons.

En premier lieu bien sûr dans la dimension citoyenne, donc politique, de notre choix individuel pour construire la société dans laquelle nous voulons vivre.
C’est là notre vie privée et associative locale, dans notre quartier ou notre village, notre vie dans nos relations de proximité, dans nos relations réelles ou imaginées à nos élus proches et lointains et dont il nous semble en général pour le moins qu’ils n’exercent pas le pouvoir que nous leur avons confié comme nous souhaiterions qu’ils l’exercent.

En second lieu bien évidemment dans notre sphère professionnelle, sphère qui devient pour presque toutes et tous de plus en plus difficile à intégrer. Rentrer dans le monde du travail exige énormément d’efforts, le vivre au quotidien peut se révéler extrêmement difficile, s’accomplir dans son travail devient rarissime.
A avoir dit cela, rien n’est dit, et nombreu(ses)x sont celles et ceux qui s’en arrêtent là, au mieux en s’épanchant mollement dans les couloirs de leurs insatisfactions et au pire dans un activisme virtuel sur le web.
Le côté privé intéresse nos valeurs, et le comportement que nous adoptons pour leur être conformes, traduit en toute théorie ensuite par l’expression d’un vote pour mise en œuvre collective à l’intérieur d’un champ de contraintes réelles ou supposées, mais aux limites incertaines.
Pas besoin de développer sur ce plan là, c’est ce qui fait le délice des débats politiques, et bien souvent surtout de leur médiatisation lorsqu’il s’agit de les escamoter.

Cet aspect renvoie aux incertitudes des choix politiques nationaux, le moins bien qui pourrait être pire ou pas selon les convictions de chacun, et le devoir d’un choix électoral local à venir dont on a bien du mal à percevoir par avance non seulement la pertinence, mais même les conditions dans lesquelles il va pouvoir s’effectuer.
Pédalage dans la semoule complet sur le côté citoyen et absurdités récurrentes de même niveau dans notre sphère professionnelle, dont la particularité est pour le moins que l’exécution des missions dont nous avons la charge et dont nous sommes redevables à ceux qui nous les ont confiées, portent sur la préservation du vivant et des ressources qui lui permettent de le rester (biodiversité, eau, énergie….).


Facteur aggravant, il nous faut porter ces sujets au nom de la puissance publique (de l’État, de ses opérateurs et des collectivités) alors même que la ou les dites puissances publiques ne veulent pas réellement les assumer au-delà des affichages. De ce point de vue, je n’évoque même pas concernant l’État l’exercice de son rôle de garant des valeurs inscrites sur les frontons de la République, les funérailles semblent avoir eu lieu sans qu’on nous ait prévenus.
A chacun ses réflexions sur le que faire et le chemin à choisir, par contre et au titre de notre activité professionnelle et par le moyen syndical qu’il nous appartient d’utiliser, il faut non seulement réaffirmer nos valeurs et un certain nombre de conséquences qui en découlent, mais aussi les partager et pour le moins tenter d’adopter un comportement cohérent.

Sous la pression de la crise, on le sent bien désormais au quotidien dans notre travail, chacun se replie sur lui-même, chaque communauté de travail (si elle existe) se replie sur elle-même, l’État s’effondre et les opérateurs pataugent sous l’œil incrédule de collectivités qui tentent elles-mêmes de se préserver.
Sous l’angle syndical, ça se traduit par un délaissement des missions et un repli sur les défenses strictement catégorielles. Quelles que soient leurs postures affichées, certains syndicats se contentent de ce repli, mais pas le SNE même s’il conduit souvent à un sentiment d’isolement.
Peindre en vert les vieux schémas de développement n’a jamais conduit à aucune transition écologique, conférences sociale et environnementale comprises, qui servent essentiellement aux lobbies en place à blinder leurs intérêts de court terme.

Pour repartir d’une définition de base, la croissance, c’est du capital, du travail, de l’innovation technologique. Point à la ligne en l’état.
Donc du pognon non régulé, du travail délocalisé (!) au coût le plus bas, et de l’innovation technologique à ne pas confondre avec pillage de ressources ou obsolescence programmée.
Quant aux autres dimensions, vous pouvez toujours les chercher, l’environnemental, le social et nouveauté, le politique.
Hors quelques curseurs de redistribution vaguement déplacés, ce sont les choix de Bercy qui se sont imposés à Sarkozy tout comme à Hollande, et de la même façon.
D’où des conférences sociales pour justifier l’acceptation de reculs sociaux, d’où des conférences environnementales pour évoquer des choix trop difficiles à faire et prendre la décision de ne rien faire de conséquent sans le dire.

C’est ainsi qu’au nom de la transition énergétique, on réduit sans barguigner les moyens et capacités d’intervention de l’ADEME.
C’est ainsi que les moyens de la politique de l’eau sont soumis à prélèvement aveugle et contre-productif à moyen terme.
C’est ainsi que l’Agence de la Biodiversité va être un machin n’ayant rien à voir avec ce qu’elle devrait être, à ne pas vraiment apporter de plus à la situation actuelle quant à la mise en œuvre des politiques de la biodiversité. Pour plus cher peut-être, mais plus efficace, ça restera à démontrer.

De ce dernier point de vue, on attend d’ailleurs toujours la démonstration que les réformes précédentes (dont la RéATE-RGPP en premier et ses prolongements actuels Modernisation de l’Action Publique) aient produit des gains réels.
Sauf à être contredite par une démonstration chiffrée, l’absence d’annonces triomphantes peut être considérée comme un aveu : les restructurations-mutualisations et autres artifices n’ont pas abouti aux économies projetées pour le budget de l’État. Ce n’est donc même pas présentable pour l’instant, la vérité officielle étant que des économies constatées pourraient être démontrées dans quelques années.
D’autant que là aussi, il faudra bien qu’un jour, les chiffres avancés fassent état d’une évaluation d’une situation économique globale, et non pas de la seule référence à la dépense publique au regard du budget de l’Etat et des collectivités locales.
Donc ça ne coûte pas forcément vraiment moins cher, mais en tout cas ça ne fonctionne plus pour de nombreux services et opérateurs.

Bref, pour prendre en repère les analyses de la Cour des Comptes, elles sont certes intéressantes et pleines d’enseignement, mais elles ne traitent que de la bonne utilisation des moyens dévolus aux services publics sans forcément se reposer de questions sur les adéquations missions-moyens.

Bien évidemment la Cour des Comptes elle-même ne peut aller au-delà de ses prérogatives, encore faudrait-il que d’autres assument la fonction en question (Inspection des Finances ?, INSEE ?, Assemblée Nationale ? …)
Parce qu’en particulier au regard de la prise en charge par l’État de la transition environnementale, l’impression laissée par les derniers rapports et autres missions parlementaires paraissent plus indiquer que l’urgence est de réduire le très peu de moyens opérationnels de ces politiques pour imaginer ne pas toucher au nombre d’élus ou vider la profusion de placards de la très haute fonction publique.
Gardons-nous de tout populisme, puisqu’il s’agit bien là du coût de notre démocratie d’une part et de la compétence de nos grands technocrates de l’autre.

Pour rester dans la provocation en leur suggérant le même type de mesures qu’ils appliquent sans état d’âme aux administrés que nous sommes, il devrait falloir réduire des 2/3 le nombre d’élus et de 2/3 le nombre des très hauts fonctionnaires.
De fait, il s’agirait de demander à nos élus de se tirer une balle dans le pied en votant une mesure de cette nature pour pouvoir ensuite l’appliquer à la très haute fonction publique.
Le 2/3 peut-être négociable bien sûr, mais la vertu d’exemplarité sera mise à mal bien avant, d’autant que la plupart des élus importants sont avant tout haut-fonctionnaires, à commencer par notre bon Président.
Il convient donc de regarder l’acte III de décentralisation en ce qu’il va contribuer tout à la fois à l’objectif de réduction de la dépense publique et à l’efficacité, sinon l’efficience des secteurs publics.

Moins cher, plus simple et plus environnemental ?

Vu les projets dans les tuyaux, ces trois critères semblent d’ores et déjà abandonnés, ce qui va donc ne plus laisser aucune marge de manœuvre sur l’objectif de transition environnementale. L’automne pourrait néanmoins voir émerger le tour de passe-passe sur la création d’une Agence de la Biodiversité à partir de moyens déjà existants et en réduction.

Dans un tel contexte, le contenu de notre congrès du printemps prochain devient le sujet majeur de notre action syndicale.
Il ne s’agit pas de refaire le monde encore une fois, mais bien de préciser comment on s’y prend et se mettre d’accord sur qui s’en charge.

JJ Maynard