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Synergie n 39 (octobre 2012)

publié le 1er mars 2013 (modifié le 22 novembre 2016)

Synergie 39 (format pdf - 8.9 Mo - 30/03/2015)


Edito d’octobre 2012

A ne jamais rien décider de façon cohérente, on aboutit à des situations en passe, si ce n’est déjà le cas, de devenir totalement ingérables : le grand N’Importe Quoi.

Là réside donc le génie français, construit dans notre histoire à partir du siècle des Lumières pour fonder une démocratie réelle et humaniste et investir l’espoir d’une société idéale dans les progrès de la science.
Un peu de lyrisme ne peut pas faire de mal, mais aujourd’hui ce ne peut être de fait qu’une simple élucubration si on le confronte à la réalité de notre dernière décennie et aux perspectives qui nous sont tracées. Il est sans doute toujours agréable de refaire le monde, pour autant, cette fin 2012 ne peut d’autant moins inciter à un optimisme immodéré que l’impuissance de nos gouvernements successifs apparaît un peu plus chaque jour en pleine lumière.

Donc cinq ans de chiraquisme délabré et cinq ans de sarkozysme absurde et arbitraire ont donné dix ans de réflexion à “la gauche“ (mais c’est quoi donc ?) ancrée dans les institutions de “l’Etat“ (surtout central et parisien, donc a priori plus le problème que la solution), pour nous proposer enfin autre chose, et pas seulement que dans l’affichage.
Soyons clair sur l’aspect politique du choix électoral, François Hollande a seulement promis que Nicolas Sarkozy ne dirigerait plus la France, et que pour le reste, il essaierait simplement d’être plus juste.
Sur les postures (oh le vilain mot !) dites démocratiques, on peut en rester là même s’il convient d’être particulièrement attentifs sur le fait qu’être de gauche selon un cacique socialiste c’est “répartir la baisse de la dépense publique de façon plus juste“.

Quant aux accusations de ceux (et surtout de celle au singulier pour ce qui nous concerne) qui étaient encore ministres il y a moins de 6 mois et qui pensent avoir un avenir politique sans assumer leurs errements antérieurs, elles relèvent dans un premier temps de la seule indécence.
Ensuite et surtout pour celles et ceux qui ne limitent pas encore leurs réflexions à la presse gratuite et internet mobile, il faut sans doute également se réinterroger sur la situation de fait opposant démocratie et expertocratie, là encore un véritable marqueur de notre seul génie français.

Une particularité de la dernière décennie est d’avoir pointé d’une part le mille-feuilles administratif (sketches à venir sur la rectification de la loi territoriale de 2010 et le contenu réel de l’acte III de décentralisation), mais également les exigences de réduction des supposés “privilèges“ des fonctions publiques.

Évidemment, et il ne pouvait en aller autrement, les corps d’exécution et de hiérarchie intermédiaire ont été proprement sabordés sinon supprimés pour que “les grands corps“ puissent a minima maintenir sinon augmenter leurs privilèges réels.
Quelques éléments de ce puzzle commencent aujourd’hui à apparaître en pleine lumière. Ainsi et proche de nous, la fusion Ponts-GREF aurait entraîné de notables dépenses supplémentaires en l’absence de tout projet stratégique, selon la Cour des Comptes.
Et puis un peu plus loin de nous, nos bons Inspecteurs des Finances produisent des rapports tout à fait discutables et orientés pour détourner l’attention à accorder à leur situation…

Même en assumant les choix découlant des engagements politiques (sanctuarisation de l’éducation qui implique des réductions d’effectifs et de moyens de fonctionnement dans d’autres services où les missions explosent), il va bien falloir s’attaquer aux causes réelles des dérives, plutôt que de toujours essayer de corriger des conséquences dévoyées de conséquences dévoyées de mesures que l’on a pris il y a cinquante ans on ne sait même plus pourquoi.

Morceau de choix : le pilotage (stratégique forcément) et la gestion des politiques environnementales. Résumer le quinquennat précédent renvoie aux réformes incohérentes que nous avons subies, essentiellement sous l’angle de l’organisation des services et de la gestion des personnels.
Pour la suite, le pire prévisible commence avec les décrets de missions des ministres dès la nomination du nouveau Gouvernement : en gros, les précédentes réformes ont dépassé leur point d’irréversibilité (regroupements immobiliers…) sans être conduites à leur terme, et
dans les services regroupés, on recrée les anciennes chapelles verticales équipement et agriculture. Et pour aller au bout de l’absurde, c’est bien entendu autant en administration centrale, qu’en services régionaux et en services locaux.

Un petit mot sur les grands artisans de cette splendide manœuvre : aucun changement de pilote de l’avion, et pour ce qui nous touche de près, toujours aucun dialogue social – silence radio et encéphalogramme plat – pour la direction de l’Eau et de la Biodiversité.

Tout ça pour déboucher en matière de missions sur l’affichage de grandes ambitions via la conférence environnementale. Suite au flop opérationnel du Grenelle, la méthode Hollande-Ayrault consiste à mettre en perspective un contenu, dont la déclinaison ne pourra être qu’aléatoire dès lors que la loi de finances 2013 en fait des missions absolument non-prioritaires. Ainsi :

  • biodiversité : un mauvais procès d’intention serait de penser que l’Agence annoncée serve d’écran de fumée devant les déficiences d’un État qui abandonne le terrain tout en faisant mine de donner satisfaction aux associations.
  • eau et milieux aquatiques : 13,3 milliards d’euros de Xèmes programmes portant des ambitions phénoménales sur le grand cycle de l’eau et les extensions Grenelle climat et mer, avec des réductions d’effectifs et de moyens jamais connues auparavant.
  • même situation à l’ADEME pour assurer la transition énergétique.

L’incohérence interne de l’État atteint son paroxysme quand il se révèle au quotidien que la ministre et son cabinet paraissent plus aux ordres des grands corps que les grands corps au service des ministres, ce qui est quand même le mode de fonctionnement prévu par les décrets.

Vingt ans en arrière, c’était la situation qui prévalait dans le petit ministère de l’environnement, elle vaut maintenant dans le grand ministère de l’Écologie.

Jean-Jacques Maynard