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Pâques - l’édito de novembre 2009

publié le 6 décembre 2009 (modifié le 5 mars 2012)

Pâques début décembre ? - Houlà, militer au SNE serait-il susceptible de
rendre neuneu ?
Mais non, bien sûr. C’est l’île de Pâques que je veux évoquer ici, c’est cette
civilisation des tribus du peuple Rapanui qui est allé au bout de sa logique
suicidaire en consommant les ressources de son territoire jusqu’à leur
extinction.
Les mystérieuses statues de pierre devaient symboliser quelque chose de
particulièrement fondamental pour que les tribus s’en fassent une priorité
telle que la menace d’extinction ne les ait pas fait changer de
comportement.
Sentiment bizarre : notre planète a aujourd’hui un curieux profil d’ile de
Pâques.
Notre histoire récente ne fait que confirmer que l’accès aux ressources reste
la principale cause des conflits de tous ordres sur notre planète. La solution
de globalisation économique et financière non-régulée imposée par les
grands pays occidentaux a atteint ses limites.
Ainsi, le gavage du dieu des marchés financiers a-t-il eu un gros hoquet en
2008. Et ce hoquet a déclenché des ravages économiques, puis sociaux,
puisque l’absence de régulation a pour conséquence de faire payer les pots
cassés au social.


En bons adeptes de la pensée unique, nos doctes dirigeants de la planète se
sont donc beaucoup réunis (les G7, 8, 12, 20…) pour décider comment
dilapider des moyens qu’ils n’avaient d’ailleurs pas afin de rétablir les
conditions de gavage financier antérieur.
Dans ces conditions là, la prise à bras-le-corps de la crise écologique
attendra, et la sortie des crises économique et sociale aussi. Dans la mesure
où les dirigeants restent riches et protégés, voilà qui ne leur pose pas
problème.
Quant au gavage financier, il a été rétabli sans autres contraintes, merci.
Pouvoir spéculer sans plus de règles et en étant moins nombreux permet
d’avoir des parts plus grosses – pour Wall Street si j’ai bien compris, c’est
140 milliards de $ à partager entre quelques-uns.
Donc non seulement les G-machins rechignent à s’engager dans toute
logique de rupture, fût-elle minimale, mais en plus ils n’engagent même pas
de logique régulatrice protégeant d’une crise à l’identique. Ainsi par
exemple du maintien de la déconnexion entre les marchés financiers et
l’économie réelle.
Dans ces conditions là, les débats sur la taxe carbone ou sur le prochain
sommet climatique peuvent être relativisés par avance tant leur impact réel
prévisible est marginal.

Question incidente, comment se fait-il qu’une situation potentiellement
aussi grave ne provoque pas plus de réactions, ni de mobilisation plus
partagée ?
A bien y réfléchir, la logique de non-régulation (ou de régulation par
l’argent, comme on veut) a des effets particulièrement pervers en matière
d’information et d’opinion.
Faire passer pour de l’information objective ce qui n’est que factuel (presse
gratuite, chaînes économiques TNT…) est déjà une escroquerie
intellectuelle : il faut un mode d’emploi pour mettre une information en
perspective et la rendre compréhensible.
Mais omettre une information pouvant être dérangeante pour le media qui
la délivre est de la désinformation. Et il apparaît donc aujourd’hui que la
norme de fait se soit arrêtée à cette situation de désinformation factuelle et soit devenue la référence de garantie de la pensée unique.
Pour le formuler ainsi, il est utile de préciser qu’il
ne s’agit en aucune façon de revenir aux temps
peu glorieux des ministères de l’Information,
mais qu’un peu plus de déontologie et de
professionnalisme des journalistes est sans doute
indispensable (Une formation qui échappe au
secteur privé peut-être ?).

Il faut bien évidemment ajouter à cela les éléments de confusion introduits
par Internet, quand les portails de désinformation factuelle répercutent sans
vérifications tous les propos de blogs, buzz et autres twitters mis en ligne
par n’importe quel benêt extraverti ou manipulateur patenté.
Savoir garder ses capacités d’analyse critique pour débattre sur la base
d’informations vérifiées afin d’exprimer ensuite une position collective et
reçue comme telle devient dès lors un exercice ardu.
Donc pour revenir à nos réalités locales et à notre quotidien, vous voudrez bien
considérer les quelques informations ci-dessous avec tout le recul critique
nécessaire, bien qu’elles aient été soigneusement ignorées par des medias
occupés à nous expliquer que consommer nous fera sortir de la crise :

  • Il n’y a pas que la seconde vague des subprimes qui arrive à échéance en 2009, il y a aussi les LBOs (Leveraged Buy-Out), système de rachat d’entreprise
    par endettement sur les perspectives de bénéfices à venir (!!!).
  • Au 1er août 2009, 60% des diplômés 2008 n’avaient trouvé aucun
    emploi, et donc Pôle-emploi s’inquiétait de l’arrivée des diplômés 2009 sur
    le marché du travail au 1er septembre.
  • Ce qu’on avait jamais vu, des usines occupées et en grève en juilletaoût,
    même plus pour sauver les empois, mais pour avoir une prime de
    départ décente.
  • Malgré les sous du contribuable, les résultats réels de nos constructeurs
    automobiles pour le 1er semestre : -3 milliards € pour Renault, -1 milliard €
    pour PSA.

Intéressant ce dernier item, prendre la crise écologique à bras le corps pour
la bagnole veut obligatoirement dire : moins de voitures moins polluantes.
Quelles politiques de l’énergie et industrielle met-on en face ?
Les moyens mobilisés par l’Etat pour afficher ses perspectives d’avenir sont
le Grenelle de l’Environnement et la Révision Générale des Politiques
Publiques (RGPP).
Le Grenelle souffre d’un défaut rédhibitoire : la puissance publique ne s’engage
pas elle-même, elle incite à une modification de la façon de consommer.
De surcroît, dès qu’ils impliquent une remise en cause du modèle de
production, les engagements du Grenelle se voient éviscérés lors de leur
parcours parlementaire. De ce point de vue, l’avenir promis aux trames
vertes et bleues est particulièrement symbolique.
La RGPP souffre d’un défaut rédhibitoire, il s’agit de dépenser moins à
court terme quelles qu’en soient les conséquences.

Résultat : le début d’un foutoir sans nom, quoi qu’expliquent les
communiqués officiels. Bercy est plus pyromane que pompier, une gestion
moderne des fonctions publiques ne peut se conduire avec des
conceptions du milieu du XXème siècle.
Pour la seconde phase de la RGPP, le Président de la République en a tracé
les perspectives institutionnelles. On peut simplement noter que le budget
des collectivités territoriales est gagé sur l’activité économique, et que son
effondrement les contraint à augmenter démesurément les impôts locaux,
tant que les ménages peuvent les payer.

Jean-Jacques MAYNARD