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Synergie n°51 - décembre 2017

publié le 31 janvier 2018 (modifié le 29 janvier 2019)
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Sommaire


VIE DU SNE

Création des sections VNF et Parc Amazonien de Guyane

FONCTION PUBLIQUE DE L’ENVIRONNEMENT

Les élections professionnelles du 6 décembre 2018

DOSSIER

Le système des agences de l’eau remis en question



Grave ? non, plus que grave ! - l’édito de décembre 2017

Les élections politiques du printemps ont acté un chamboulement majeur, soi-disant une rupture avec le monde d’avant, dont un nouveau Président et un Parlement renouvelé prétendent constituer des symboles. L’affichage « ni de droite ni de gauche » n’a pas manqué d’interroger, mais les seuls éléments ayant vocation à constituer une opinion sont les décisions prises.
Depuis six mois et en toute démocratie républicaine, le Président a donc décidé, le Gouvernement a exécuté et le nouveau Parlement a approuvé. Trois actes majeurs ont abouti : la moralisation de la vie politique (!), la modification substantielle du code du travail et le projet de loi de finances 2018, trois actes très révélateurs des véritables orientations engagées.

Il y a sans doute besoin de temps pour pouvoir évaluer la vraie dimension de moralisation de la vie politique. Il y a également besoin de temps pour évaluer l’impact réel d’une modification du code du travail, dont le parti pris de suppression de droits des salariés et de laisser-faire les patrons n’incite guère à l’optimisme, les premières décisions constatées « sur le terrain » venant étayer ces préventions.
Enfin, il y a le projet de loi de Finances 2018, et ce sont bien ces premières décisions budgétaires qui disent ce que sont les vraies orientations de l’État et comment l’État s’engage pour répondre aux aspirations des Français.
Les compteurs n’étant néanmoins pas remis à zéro par des élections, pas plus bien évidemment que notre dette publique, ces décisions sont à replacer dans leur contexte, contexte issu de l’action des précédents gouvernements et au regard duquel il convient de positionner éléments à charge et à décharge.

Chacun d’entre nous peut proposer son évaluation, tentons de dégager quelques éléments majeurs :
– à décharge, l’imbroglio territorial légué par les prédécesseurs (à comptabiliser au minimum depuis la 1ère loi de décentralisation), assorti de sa cohorte de réformes jamais achevées, s’empilant les unes sur les autres et aboutissant aujourd’hui à une situation inextricable sur tous les plans (administratif, capacité d’ingénierie, financements…)
– mais comment classer le circuit du sacro-saint pognon ? il faut bien constater que l’imbroglio précité a abouti à une situation dans laquelle la recette publique (impôts, taxes et autres joyeusetés) se réfère à une organisation d’État centralisé et la dépense publique à une organisation d’État fédéral.
– et tout le reste à charge pour un budget visiblement établi à partir de seuls critères comptables dans une vision strictement économique au seul sens productiviste.

Bref ! Bref ! Bref !, ce budget 2018 est d’autant moins le produit attendu qu’il ne se différencie en rien non seulement des dévoiements du monde d’avant, mais qu’il constitue même apparemment un outil de retour à avant le monde d’avant sur l’économie et le sociétal :
– sur l’économie, ce sont visiblement les années 70 et leurs conceptions productivistes de court terme qui font référence, mais agrémentées d’évolutions admises depuis pour que les riches puissent être plus riches et les plus fragiles moins soutenus par la solidarité collective. Inscrites dans le discours de compétitivité, seule la réduction des normes sociales et environnementales va constituer la variable d’ajustement.
– au plan sociétal et s’appuyant sur une communication soigneusement maîtrisée, les pleins pouvoirs sont confirmés à la technostructure, avec un déplacement du curseur du public vers le privé. Des élites citoyennes et un petit peuple esclave sous influence des impératifs de la consommation, ça fait clairement plus référence à la démocratie athénienne d’avant J.C. qu’à une démocratie moderne.

Tels sont, de fait, les choix de ce projet de budget 2018, lequel se voit affublé en parallèle d’annonces en catimini encore plus inquiétantes parce que structurelles. Pour notre service public, c’est « Action publique 2022 », doté d’un comité éponyme (CAP 22) de super-technos à profil très privé, digne héritière de la RGPP et de la MAP dont il faut maintenant craindre qu’elles n’aient été que de pâles versions d’essai.
Pour résumer ici l’essentiel, CAP 22 va travailler sur vingt-et-une politiques publiques prioritaires. Non seulement aucune politique environnementale ou de transition annoncée n’y apparaît, mais plusieurs politiques carrément anti-environnementales en font bien partie, genre soutien à l’agriculture et la forêt ou aides aux entreprises.
Le must : en appelant un mode de réduction de la dépense publique dans sa version la plus stupide, le budget 2018 vient donner corps à cet abandon des politiques environnementales en ne leur affectant plus, pour les financer, que l’argent de la facture d’eau sous très forte contrainte, hypothéquant ainsi le respect des engagements européens de la France tout autant que le respect des traités internationaux sur la biodiversité.

Le must du must : il revient à Hulot, tête de gondole de la communication pseudo-écologique, de cautionner ces décisions en allant même jusqu’à appeler l’argument du changement climatique pour justifier le maintien du nucléaire. Peut-on vraiment laisser faire ?

Jean-Jacques MAYNARD

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