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Déni de réalité - l’édito de novembre 2010

publié le 3 février 2011 (modifié le 4 janvier 2016)


A confondre action et communication, puis communication et propagande, on finit par raconter vraiment n’importe quoi.

Ainsi le très légal mais très illégitime Eric Woerth après une manifestation récente : “les jeunes doivent comprendre qu’ils ne pourront trouver du travail qu’à travers un développement de l’activité qui exige que leurs aînés travaillent plus longtemps“.
En toute orthodoxie économique ultra-libérale, même un argument de cette nature ne peut être utilisé qu’à la condition nécessaire mais pas suffisante que les jeunes générations accèdent au marché du travail. Et lorsque cette condition peut se vérifier, son corollaire est une exploitation éhontée des “premiers emplois“ pour accéder à la consommation de masse justifiant le système productiviste.
Utiliser cet argument pour justifier le montage bancal de la réforme des retraites relève donc simplement d’un dogmatisme borné, quand bien même une machine médiatique complaisante, sinon servile, s’empresse de le mettre en valeur.
Quant à l’étudiant dont les grands-parents ne disposent que du minimum vieillesse, dont les parents fréquentent assidûment Pôlemploi et qui doit faire des petits boulots pour payer ses études, il devrait lui être difficile d’en saisir la subtilité.

Donc, c’est définitif, nous n’avons pas les mêmes valeurs. Et c’est sur les valeurs que le combat doit se gagner et ouvrir une alternative politique crédible. Pour rester dans le n’importe quoi sur un plan plus professionnel, c’est à dire au sein de l’État et dans l’écoute respectueuse de nos hiérarchies :

  • pour nos Parcs Nationaux, chacun aura noté la “montée en puissance à moyens constants“ (comprendre la création d’un nouveau Parc avec réduction globale d’effectifs et budget à -8%)
  • et côté politique de l’eau : l’inénarrable “pérennisation de la capacité d’expertise de l’État
    dans le domaine de l’hydrobiologie“, consistant à brader les labos des DREAL vers des opérateurs qu’il s’emploie par ailleurs à priver des moyens d’assumer même la sous-traitance.

Pour ceux qui s’en souviennent, les précédents ont moins d’une décennie : les labos de physico-chimie. Que reste-t-il aujourd’hui ? : un contrôle de laboratoires privés par des bureaux d’étude privés, dont la puissance publique est incapable de qualifier le rendu.
Sous la pression financière, l’État abandonne progressivement toute capacité d’intervention et de régulation, donc de garantie des principes de la République.

Révision Générale des Politiques Publiques et Réforme de l’Administration Territoriale de l’État créent une situation dans laquelle l’État local n’a plus les moyens d’appliquer les engagements de l’État central. Le dispositif sera parachevé par l’application de la loi territoriale, qui va priver les collectivités locales de leurs dernières marges de manœuvres.

2007 a marqué la disparition du Ministère en charge des politiques de l’environnement. Les trois années qui viennent de s’écouler nous imposent de porter un regard lucide sur leur prise en charge actuelle. Deux faits structurants se dégagent :

  • quelle que soit l’étiquette dont il s’est affublé (MEEDDM pour l’instant), ce Ministère du Bâtiment
    et des Travaux Publics (noble mission par ailleurs) pratique une féroce confusion des genres au
    détriment des politiques environnementales et de ceux qui en ont la charge.
  • le Grenelle n’aura été qu’une posture, permettant de revalider la fuite en avant technologique comme seule solution aux problèmes posés. C’était en direction du grand public et destiné à lui faire
    prendre des vessies pour des lanternes, ça a permis de qualifier le concept de croissance verte en lui attribuant des vertus qu’il ne possède pas. On peut fortement regretter que France Nature
    Environnement ait validé le Grenelle en lui apportant sa caution et s’évertue aujourd’hui à se justifier au regard de toutes les reculades enregistrées.

Que l’on comprenne bien mon propos, le concept de croissance verte a un intérêt certain, mais il ne constitue que l’un des outils pouvant contribuer à une évolution de nos modes de développement, d’aménagement, de production, etc… : une véritable révolution culturelle reste à conduire. Et ne pas avoir fait cette révolution culturelle pèsera beaucoup plus sur les générations à venir que l’actuelle dette publique.

On n’a jamais aussi peu réformé utilement qu’en ce moment :

  • il aura fallu attendre l’année de la biodiversité pour voir se profiler la disparition des organismes de sa protection (et inutile d’évoquer ici la future non-Agence de la Nature ou le silence assourdissant du 50ème anniversaire des Parcs)
  • plus globalement, les ambitions affichées du Grenelle se voient réduites à néant tout autant par un contenu totalement édulcoré que par la disparition de tout moyen de mise en œuvre.

Ce pouvoir, donc ce gouvernement mais aussi ces parlementaires qui ont rendu possibles ces décisions absurdes, auront des comptes à rendre.

Jean-Jacques MAYNARD