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Délit qu’est sens - l’édito de mars 2010

publié le 15 juin 2010 (modifié le 5 janvier 2016)

Délit qu’est sens ?

Déliquescence, quoi !... et dans le mauvais sens ! C’est quand même la caractéristique majeure de la période ouverte depuis la dernière élection présidentielle. Il s’agissait de mettre la France à la norme des marchés financiers et dans la configuration de consommation utile aux multinationales. C’est à l’évidence raté pour cause de crise mondiale des circuits d’argent (quid de l’économie réelle ?), mais ce n’est pas pour autant que la pensée unique est remise en cause.

La pensée unique ? – vous la connaissez, elle se révèle dans ce que nous martèlent nos dirigeants (de majorité et d’opposition d’ailleurs) et des médias plus que serviles. Très clairement et d’un point de vue professionnel, la pensée unique vous justifiera sans états d’âmes que la dette publique impose une réduction drastique de l’engagement de service public au bénéfice des populations.

C’est curieux, en écrivant cela, j’ai un sentiment bizarre de déjà vu. La réduction de l’engagement public est à l’œuvre depuis longtemps, et personne ne croit plus depuis longtemps au “faire mieux avec beaucoup moins“. Très clairement et d’un point de vue général, la pensée unique vous justifiera sans états d’âmes que la dette publique impose de vous jeter à la rue et de vous y laisser crever. C’est curieux, en écrivant cela, j’ai un sentiment bizarre de déjà vu. Pour moi ? Pour des gens que je connais, pour des gens que je connais et qui sont au bord du gouffre ?…

C’est insupportable. D’autant que l’empilement des crises issues des errements du système économique et financier a peu d’intérêt au regard de notre vie sur une planète qui n’aurait plus de ressources suffisantes pour nous accueillir. On peut le dire autrement : si l’air nous étouffe, qu’il n’y a plus d’eau potable et que de la m…. à bouffer, je vais devoir expliquer où on se met la dette publique. Les gouvernements ont eu l’opportunité de rétablir une gouvernance politique plus forte pouvant leur permettre d’encadrer le fonctionnement des circuits financiers et de l’économie, ils n’ont pas voulu la saisir. Donc, on aura les crises, c’est sûr, les possibilités d’en sortir, ça l’est beaucoup moins.

Mais restons dans notre Hexagone, c’est là que se trouve notre engagement citoyen et professionnel. Et début 2010 c’est le plein effet des décisions prises ces trois dernières années, avec leurs conséquences à venir sur le quotidien des français. Je vise bien évidemment là la RGPP et ses divers avatars. Plusieurs articles de ce bulletin exposent notre vécu sur les exactions à notre endroit de l’Etat en tant qu’employeur direct ou indirect, mais ce sont les conséquences des réformes sur l’abandon du public à lui-même qui m’intéressent ici. Sur ce dernier point et pour peu qu’on prenne soin de les lire correctement, rapport de la Cour des Comptes et troisième rapport d’étape de la RGPP dressent de fait un bilan accablant.
La Cour des Comptes exprime en clair un certain nombre de critiques confirmant les prises de positions d’organisations syndicales au regard de décisions aberrantes de l’État. Le gouvernement balaye cela d’un revers de main, c’est le principe de réalité qui tranchera.

Mais plus probant encore est l’éditorial de 2 pages d’Eric Woerth à la gloire de la RGPP dans le rapport du même nom. Sans avoir beaucoup à lire entre les lignes, il apparaît en effet très clairement que l’objectif est de ne réformer l’Etat que pour lui-même (et quelques-uns de ses très haut-fonctionnaires, sans doute), mais en aucun cas pour apporter les garanties de politiques publiques assumées à l’ensemble de la population.

Petits mensonges par omission et assertions non-démontrées sous forme d’affirmations valident ensuite dans le rapport un ensemble de contre-vérités, et le tour est joué : le rapport est remis à Sarkozy sous l’oeil des caméras, assorti d’un commentaire suggérant tout le bien que chacun doit en penser. Dans 2 ans, (tiens : 2012 !), la France affiche un état stratège ( ! ) et régulateur ( ? ) au bénéfice de la frange de population déjà nantie (aucun d’entre nous n’en fait partie), pour les autres, voyez vos collectivités locales.

Bien évidemment, j’ai particulièrement regardé le chapitre MÊÊDDM, mais c’est curieux, je ne m’y suis pas retrouvé et je ne connais a priori personne qui se reconnaisse dans la quasi-totalité des indicateurs verts que notre Ministère s’autodécerne. A comparer à la flopée d’indicateurs toujours au rouge du Ministère de l’Intérieur… Ah ! la stratégie du MÊÊDDM sur la biodiversité et les ressources : on attend toujours des résultats tangibles du Saint-Grenelle. A croire qu’il y a un problème de compatibilité entre Saint-Grenelle et la pensée unique.

Je me fais juste plaisir en écrivant ça ? – que nenni, là aussi il suffit de prendre son courage à deux mains et de lire les rapports des Comités de Filières mettant en perspective les emplois de la croissance verte. Pour les moins courageux, un petit articulet du bulletin vous fait part de nos conclusions. L’échec de Copenhague et la pitrerie carbone ? - épiphénomènes au regard des enjeux réels. Admettre qu’il aurait mieux valu une réussite de Copenhague : sans doute, il vaut toujours mieux agir que de ne rien faire. Mais la taxe carbone dans la forme et les modalités prévues, n’était-ce pas se donner bonne conscience avec rien ? En prévision des actions à mener, un affreux doute me vient, certaines confédérations syndicales ne seraient-elles pas inféodées à la pensée unique ? En tout cas pour la FSU, aucun doute que non !

Jean-Jacques MAYNARD