Contenu

Déclaration du SNE lors du CA du PN Port-Cros

publié le 26 décembre 2006 (modifié le 12 septembre 2007)

Monsieur le Député, Mesdames, Messieurs,

Vous n’aurez pas été sans remarquer la présence aujourd’hui de nombreux agents des parcs nationaux. Certains d’entre eux auront roulé plus de 12 heures dans la journée avec leur propre véhicule pour venir témoigner de l’ inquiétude qui est la leur, à l’approche de l’examen du projet de loi qui vise à réformer les parcs nationaux. Les personnels, par l’entremise de leurs représentants, ont depuis le début des discussions menées sous l’égide du ministère de l’écologie, manifesté un esprit de responsabilité en participant activement à la réflexion de fond engagée depuis près de 3 ans. Des critiques assorties de propositions de rédaction ont toujours accompagné nos échanges avec notre tutelle. Nous souhaitons vous dire que c’est en conscience et après un examen minutieux et pragmatique des textes étudiés au cours de nombreuses séances de travail, que nous nous sommes forgé notre opinion. Des nombreuses propositions que nous avons portées devant notre ministère, très peu ont été retenues. Certaines de ces propositions nous semblaient primordiales pour maintenir un haut niveau de protection de ces espaces exceptionnels que sont les parcs nationaux et garantir le bon fonctionnement des établissements. Nous ne rentrerons pas dans les détails des articles de loi ; nous nous sommes déjà longuement exprimés à ce propos, mais notre conviction est que les choix opérés par la tutelle laissent peser de sérieuses menaces sur l’intégrité des parcs nationaux de l’avenir. Dans le même esprit nous avons toujours soutenu que pour rendre possible la création de nouveaux parcs on ne devait pas affaiblir le niveau de protection général de ceux existants.

Cette inquiétude est aujourd’hui renforcée voire confirmée à l’éclairage des prévisions budgétaires pour l’année 2006. Ces prévisions sont très clairement orientées à la baisse. Certains parcs sont plus durement touchés que d’autres et connaîtront des difficultés inédites pour conduire leurs projets ou pour simplement continuer à fonctionner. De là à considérer que ce sont les parcs existants qui financeront les structures que la volonté présidentielle entend créer dés 2006, il n’y a qu’un pas que nous franchissons sans hésitation, d’autant plus que le ministère affiche ouvertement dans le PLF 2006 son intention de voir baisser le coût annuel de l’hectare de zone centrale de parcs nationaux. Cette situation n’est évidemment pas acceptable et nous la dénonçons avec la plus grande vigueur. L’écart entre les déclarations publiques fracassantes et notre réalité est un abîme dans lequel les intérêts de l’environnement vont se perdre.

La réalité, c’est aussi demain, un parc national de la Guyane dans lequel l’activité d’orpaillage restera autorisée, ce qui traduit sans doute assez bien l’idée qu’à l’avenir, l’appellation parc national ne constituera plus un label de qualité indiscutable. Il n’est d’ailleurs à ce jour pas certain que l’UICN maintiendra les parcs nationaux français au niveau 2 d’une échelle de valeur qui en compte 6. Son comité indiquant attendre la publication de la loi et des décrets avant de se prononcer. Plus encore que les imperfections du projet qui sera présenté devant l’assemblée, c’est bien le contexte parlementaire actuel qui nous fait craindre le pire et c’est pour cette raison que nous vous demandions de le retirer. Comment ne pas se souvenir des conditions dans lesquelles se sont déroulés les débats sur la loi DTR où tous les amendements déposés allaient toujours dans le sens de moins de protection environnementale et toujours aux bénéfices des lobby les plus réactionnaires en terme d’écologie. La bonne volonté de Mr LEPELTIER alors ministre en exercice n’y a rien changé. Alors à quoi devons nous nous attendre quand certains députés annoncent d’ores et déjà que cette loi sera l’occasion de mettre fin à la sanctuarisation des zones centrales. Vous en conviendrez avec nous, les choses s’annoncent mal. La forte volonté politique qui en 1960 avait conduit l’Etat à décider que la loi sur les parcs soit une des toutes premières lois votées par le parlement de la 5ème république, semble désormais révolue. Les difficultés rencontrées par le ministre pour obtenir un créneau dans le calendrier de l’assemblée montre à l’évidence le peu de considération accordée aujourd’hui à un tel sujet. Pour toutes ces raisons, nous nous sommes mobilisés pour exprimer notre défiance à l’égard de ce qui demain, pourrait mettre un terme à cette réussite pour l’environnement et pour la société toute entière que représentèrent les Parcs nationaux français durant plus de 40 années. Nombreux sont ceux qui partagent cette inquiétude et pour en témoigner, nous vous remettons aujourd’hui cette pétition où figurent plus de 12 000 signatures. Nous espérons qu’elle sensibilisera les consciences de ceux qui portent la responsabilité des choix qui conditionneront notre futur.