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Confusion - l’édito de juin 2010

publié le 6 décembre 2010 (modifié le 5 janvier 2016)

A ne jamais vouloir traiter les causes d’un problème, on s’expose au fait d’être tellement sous pression de ses conséquences que l’on en perd toute capacité d’analyse critique et de réaction correcte. Individuellement c’est gênant, pour notre société et ses perspectives c’est dramatique, pour notre planète ce peut être fatal. Et donc un sentiment de confusion permanente s’installe à tous les niveaux.

Vous ou moi c’est de notre responsabilité individuelle, la planète c’est de notre responsabilité collective, encore que certains semblent plus responsables que d’autres.
Je veux bien dire par là que certains projets de monsieur Obama (sur la régulation financière par exemple) peuvent certainement avoir d’importantes conséquences sur notre avenir alors que nos projets et nos souhaits n’ont à coup sûr aucune réalité pour monsieur Obama. Et même si le monsieur nous paraît plus sympathique que d’autres (son prédécesseur, notre Président à nous, notre directeur du FMI, etc.), il ne nous est pas plus redevable de quoi que ce soit … qu’au paysan africain par exemple. D’un point de vue moral, peut-être même moins d’ailleurs. Que monsieur Obama soit parmi les premiers responsables en charge de la confusion planétaire ne nous aidera pas beaucoup, il nous appartient en effet d’abord et par défaut de peser collectivement sur ce sur quoi nous avons prise : notre confusion franco-française.

Sur le fond, nos deux handicaps (atouts ?) supplémentaires sont aujourd’hui culturel et institutionnel :

  • culturel parce que notre modèle cartésien de pensée (réflexion-construction rationnelle-décision politique) est décalé au regard du laisser faire anglo-saxon tel qu’il s’applique par défaut sur le plan mondial.
  • institutionnel parce qu’aucune des réformes engagées au titre de la direction de notre État et de nos institutions n’est allée à son terme, dans une logique opérationnelle de service public disposant des moyens en regard.

Mais ces deux sujets, sans doute les plus difficiles et les plus longs à partager ne font jamais partie des priorités politiques, donc ne sont jamais en position d’engager des évolutions souhaitables lorsqu’un nouveau gouvernement est en capacité de le faire. L’évolution de modèle culturel (souhaitable ? souhaitée ? - on touche à l’identité !!) ne s’accorde pas au temps politique.
Sur le plan institutionnel, il est plus que vraisemblable que la prochaine loi territoriale ajoute encore de la confusion. Les projecteurs médiatiques sont braqués sur la gouvernance (les conseillers territoriaux), l’empilement bureaucratique ne sera non seulement pas élagué, mais verra émerger une couche supplémentaire. Une seule certitude sur cette loi territoriale, préfiguration en 2012 (!), application au 1er janvier 2014. Mais les crises que nous subissons, qu’elles soient de nature écologique ou économique (et accessoirement financière) sont globales, donc à résoudre mondialement.

Une approche culturelle plus ouverte et une meilleure organisation ne restent cependant que des préalables. L’essentiel est bien que notre modèle de développement soit suffisamment vertueux pour ne pas hypothéquer les conditions de vie de nos successeurs. De ce point de vue, dette publique et déficits budgétaires ne sont que des hypothèques très marginales au regard du saccage de notre planète. Or, nous continuons à ne rien changer, la quasi-absence de résultats tangibles du Grenelle est là pour le confirmer. Des pubs à la télé et de la croissance verte, peut-être pour les pubs et même pas sûr pour le reste, une inflexion de modèle : aucune.

Cependant et pour cause de crise financière, nous disposons d’éléments d’appréciation que nous ne pouvons plus ignorer. J’en retiendrais un très explicite évoqué lors de la crise grecque : les marchés financiers ne peuvent pas acheter un État, mais peuvent bien par contre acquérir toutes ses institutions. Diable ! Dès que l’on parle gros sous, les casseurs ne seraient donc pas les payeurs ! Et les gouvernements d’embrayer à qui mieux-mieux sur des plans d’encore plus de rigueur pour les populations, lesquels font plonger les bourses pour risque de ralentissement de la consommation.
La démonstration sur l’obligation de réformes du modèle est imparable.


Donc dans l’immédiat, le dossier des retraites va occuper le devant de la scène, dans des conditions de réforme qui ne garantiront strictement rien pour l’avenir, quel qu’en soit le résultat (douloureux) pour les salariés. L’élaboration de la loi territoriale sera également engagée dans les mêmes conditions biaisées. On peut tenter de se construire une opinion objective sur les bénéfices escomptés de cette réforme sur le plan financier et sur les régressions de service au public en conséquence. Le meilleur élément de référence que l’on connaisse est la RGPP. Que de nombreux postes d’agents soient supprimés est incontestable. Que le service rendu au public à niveau moindre ne coûte pas plus cher reste à démontrer. Il est d’ailleurs excessivement curieux que la propagande officielle ne se risque jamais sur ce terrain.

Restent simplement ensuite les postures de ce petit théâtre de marionnettes. Je n’aime pas ce terme ˝posture˝ qui est la dernière invention en date de notre langage technocratique, mais il convient bien en l’espèce.

Partis politiques et organes de représentation de la société civile de tous niveaux ne font plus dès lors qu’assumer des postures, l’état supposé de l’opinion leur servant de repères.
A chacun d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

Jean-Jacques MAYNARD